Web 2.0, tarte à la crème ou mouvement de fond ?
Une explosion sur le web mondial envahit les médias sous l’appellation peu imagée de « web 2.0 ». Plus une semaine sans articles annonçant une nouvelle révolution, sans qu’une entreprise ne fasse appel à un conseil pour savoir en quoi le 2.0 va affecter son site web. Le web 2.0 est mis à toutes les sauces. N’est-il qu’un concept flou inventé par les pros du net pour mieux profiter d’une nouvelle bulle financière ?
Selon un célèbre analyste californien, sept points caractérisent un site web 2.0., notamment
– Il offre un service accessible à tous,
– Il propose des données uniques enrichies gratuitement par les membres quand ils utilisent le site (exemple : myspace, dailymotion)
– Les utilisateurs sont les co-développeurs du site qui tire profit de l’intelligence collective (exemple : les wikis, wikipédia),
– Il est libéré du PC et accessible aussi via les nomades, téléphone ou télévision,
– Il offre une grande souplesse des interfaces utilisateurs (writely)
– Il repose sur des modèles de développement et des outils innovants (ajax)
Certains sites 2.0 connaissent un essor fulgurant dans le public : youtube, dailymotion (partage de vidéos) myspace.com ou wat.fr (espaces personnels), wikipédia (encyclopédie collective), flickr (partage de photos), blogger (information personnelle), billtorent (échange de fichiers sons ou video), digitroc (échange de dvd, jeux vidéo, livres, etc.), fon (plus grande communauté wi fi du monde), zoomr (découverte du monde par les photos), …
Indéniablement, l’effet de mode joue et on retrouve avec ce concept l’engouement, quelque peu moutonnier, qui avait fait rêver les foules avec la mode de la « personnalisation 1 to 1 » ou bien « du tout gratuit ».
Pourtant, derrière le phénomène de mode, des changements importants sont à l’œuvre : tout d’abord, on assiste à l’appropriation des sites web par les internautes qui consacre le C-t-C et les sites communautaires, comme une expression majeure (voir « L’appropriation du web par les consommateurs »). La créativité est de retour et on voit fleurir des « concepts » là où on ne les attendait pas forcément, que ce soit dans la finance ou le traitement de l’information par exemple. Point commun : beaucoup de ces sites reposent sur la collaboration de leurs membres. Les sites prosper et zorpa permettent à des personnes de se prêter de l’argent sans passer par des banques. Le site delicious.com permet de s’échanger ses favoris. Ketady est une sorte de SAV où les uns répondent aux questions des autres, service que vient de (copier ?) lancer yahoo en France. Sur facebook.com, on partage de l’information.
Les sites d’information eux-mêmes sont maintenant gérés par les internautes : sur comme scoop.com, digg.com ou kapitol.com, ce ne sont plus les rédacteurs en chef qui font les Unes et la hiérarchie de l’information mais les internautes qui votent. Sur techmeme.com, on trouve ainsi le hit parade de la blogosphère. En matière de shopping, la nouvelle tendance est celle du « social shopping » qui donne une dimension collective et de partage à l’e-commerce (kaboodle.com) et qui fait gamberger les grands marchands américains. En Allemagne, ce sont des groupes de consommateurs qui achètent en commun des « pools » de voitures, de manière à disposer chacun, selon le moment, de différents véhicules.
Le web 2.0 ne se résume pourtant pas à la notion de partage. L’approche technique et la philosophie de ce courant donne aussi naissance à des concepts nouveaux où c’est tout simplement l’individu qui se retrouve acteur et contributeur. Ainsi, les sites les plus puissants sont actuellement ceux qui reposent sur l’intelligence collective et qui sont capables de s’adresser à tous, ceux qui « donnent les clés » à leurs visiteurs ou membres.
On est loin du simple forum étroitement contrôlé par les équipes marketing. Aujourd’hui, les grandes marques doivent ouvrir des espaces de liberté et favoriser l’action et les contributions des internautes. Pas facile quand le directeur marketing a vécu dans le culte du contrôle absolu de la marque ! Pourtant certains sites osent : Celio entretient un blog, ce que font de plus en plus de marques. Le site sur la consommation et l’environnement www.consoglobe.com repose sur les contributions des ses membres et celles de ses clients. Sur le site de « shopping humanitaire » achatducoeur.com, ce sont les internautes qui détermineront à quelles ONG sont versées les dons.

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