La crise au secours d’un Grenelle moribond
Le processus de Grenelle avait soulevé l’espoir d’une révolution écologique, d’un vrai tournant dans notre approche de l’économie. Mais, malgré un processus qui a associé de nombreuses personnalités, ONG, associations écolo au pouvoir parlementaire et exécutif, la montagne de Grenelle a accouché d’une souris.
De l’aveu même des Verts, pourtant bienveillants envers le Grenelle, les résultats ont été en demi-teinte, loin des objectifs évoqués de révolution (écologique) de société. « Le Grenelle de l’environnement [a été] un épiphénomène déjà loin des soit-disant « révolution » ou même « mutation » promis par Borloo. […] Après le travail titanesque des associations pour le Grenelle, et devant l’enjeu planétaire que nos choix induisent aujourd’hui en la matière, le souriceau qui vient de naître n’est guère plus qu’une politesse faite à l’environnement »[1]
Passer à une approche individuelle de la politique écologique
De fait, ce n’est pas avec les seuls acquis du Grenelle I de l’environnement que ce fera la transformation sociale et écologiste de notre société et de nos économies. Trop de mesures en demi-teintes ou truffées d’exemptions et une vision trop « macro » et administrative des réformes ne vont pas doper la diffusion de l’écologie dans le quotidien de nos concitoyens. Prenons l’exemple des énergies renouvelables dans le contexte du Peak oil quasiment atteint :
Coincés entre la menace d’un charbon abondant pour des siècles[2], une industrie nucléaire peu émettrice de C02 mais ayant l’inconvénient de mobiliser des investissements énormes avec la délicate question des déchets, les énergies renouvelables soulèvent de nombreux espoirs. Pourtant, même en tenant compte d’une politique de promotion agressive de ces énergies renouvelables, elles ne pourront pas assurer nos besoins futurs en énergie, loin s’en faut[3]. Ce n’est pas une raison pour ne pas les promouvoir, surtout maintenant que le pétrole est à nouveau à un prix accessible.
Certes, la politique qui consiste à soutenir l’implantation de grandes unités de production solaires, éoliennes, géothermiques, … est nécessaire mais les Pouvoirs publics font trop l’impasse sur le soutien de la micro-production d’énergies. Ce n’est pas le gigantisme technologique qui nous sauvera mais bel et bien la diffusion massive d’outils d’autoproduction énergétique par les entreprises et les particuliers.
La production individuelle ou communautaire d’énergie avec toute la panoplie du Renouvelable (économies d’énergie, biomasse, solaire, photovoltaïque, panneau solaire, éolien, géothermie, aérothermie, …) passe par le soutien d’une offre et d’une demande en services et produits pour le grand public. En France, le grand public a un fort besoin de conseils et de « carottes » avant de s’engager dans cette voie et d’investir son argent. Il existe déjà des dispositifs d’incitation mais beaucoup plus pourrait être fait pour faire émerger une filière décentralisée d’outils de production de petites tailles puissante.
C’est un libéralisme vert qui, encouragé et soutenu par la demande du public, fera émerger chez de jeunes agriculteurs, des particuliers, des TPE et PME, des formes rentables d’activité économique. Une vraie économie verte ne peut se développer à la marge avec des macro-projets ou des incitations fiscales qui ne changent pas les comportements en profondeur. Les Français sont-ils prêts pour cette évolution ?
Le pouvoir d’achat et la crise au secours de l’écologie ?
Il y a des raisons d’être optimiste. L’énorme emphase mise par les médias sur les questions de pouvoir d’achat et de budget sont favorables à un virage vers des pratiques plus écologiques. Sur le portail écolo consoGlobe.com les services ou les produits faisant économiser de l’argent sur le thème « Ecologie = économies » sont particulièrement populaires[4]
En un mot, on n’arrive à vraiment vendre que des produits qui font faire des économies et qui ne sont pas chers (chargeurs de piles, fontaines à eau gazeuse, boules de lavage, service de don, d’échange, ou de location).
Dans le « marketing mix » de l’offre de produits écologiques, le facteur prix reste dominant. Le grand public n’est pas prêt à payer plus de 5% de surcoût pour passer à des achats de produits verts. Dans les faits, seuls les produits écolo offrant une qualité supérieure avec un prix identique se vendent réellement bien.
De même, une politique de soutien à la promotion de comportements vertueux (compost = moins de poubelles = moins de taxes sur le ramassage d’ordures) ou d’investissements personnels (isolation thermique, installation d’une pompe à chaleur, etc. = économies réelles sur les dépenses du foyer) rencontrerait un vrai succès.
Peut-on préserver la croissance avec un idéal de décroissance ?
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De même qu’on ne peut pas être écologiste de droite, peut-on vouloir réformer la société en étant « écolo » ?
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Symétriquement, peut-on être écolo en n’étant pas anti-croissance ?
D’un côté, il est impératif de réfléchir à comment économiser nos ressources naturelles, environnementales et énergétiques, ne plus accentuer le réchauffement, en prenant du recul sur notre société de gaspillage. Les faits eux-mêmes, la décroissance annoncée de la production pétrolière notamment, le réchauffement climatique notamment, nous imposeront de faire mieux que réfléchir : il faudra changer.
Il paraît difficile d’engager notre société sur la voie de moins de consommation et vers plus de privation : nos concitoyens, vous, nous, avons envie de vivre correctement, de consommer, de se faire plaisir. Nous n’aimons ni les privations ni n’envisageons un retour à un état général de frugalité et de lenteur (le “slow wear, le slow food”) que la modernité nous a fait oublier.
Pour être performant le « vert » doit être compétitif
De plus, vouloir faire prendre un virage écologique à nos sociétés modernes, basées sur de très fortes interdépendances, en baissant brutalement la consommation (pour économiser les ressources de la planète) ne serait pas socialement acceptable. Cela aurait des conséquences directes sur l’emploi et entraîneraient trop de difficultés sociales. L’économie est complexe et parfois les choix sont difficiles : privilégié les cultures locales, et biologiques, peut par exemple avoir un impact négatif sur des producteurs kenyans.
Ainsi, tout changement, fut-il motivé par des motifs pro-environnement, peut être contraire à d’autres légitimes désirs de solidarité envers les pays pauvres. Ce n’est qu’un exemple parmi bien d’autres.
La transition écologique peut elle avoir une couleur politique ?
C’est une transition douce mais déterminée qu’il faut promouvoir : substituer une consommation de biens et de services, gaspilleuse jusqu’à l’absurde parfois, à une autre qui assure un niveau de satisfaction personnelle élevé aux individus tout en économisant fortement les ressources de notre planète.
Remarquons que les partis politiques verts, fortement ancrés à gauche, ont finalement peu fait évoluer la société française et que les vedettes écolo françaises sont souvent avant tout des vedettes de télévision, pour se demander si ce n’est pas au-delà des instances politiques et médiatiques qu’il faut trouver les relais d’une vraie démocratisation écologique ?
C’est au niveau des citoyens et du tissu économique que des millions d’initiatives feront la différence. Mais ces initiatives ne se développeront que si elles ont pour résultat un bénéfice, c’est-à-dire un profit visible pour chaque acteur. L’impact du bonus-malus automobile montre bien la puissance des intérêts bien compris de chacun.
L’intérêt de la généralisation d’une telle politique serait évident : elle aiderait à viser une indépendance énergétique nationale sans avoir à surdimensionner une industrie nucléaire déjà très lourde, elle aiderait à diminuer la facture d’un pétrole qui sera de plus en plus rare et cher[5]. Enfin et surtout, la promotion active des comportements et investissements au niveau du consommateur contribuera à une transition de l’ »homo petroleum » vers une société plus économes de ses ressources.
[1] Anne Souyris, porte-parole nationale des Verts, dépêche AFP du 21-10 -2008.
[2] Par exemple, la taxe sur le transport routier applicable en 2011 avec des compensations financières pour les transporteurs, non paiement de la taxe pour les camions empruntant les autoroutes.
L’impact du charbon sur l’émission de C02 en fait une menace. La combustion du charbon émet 35% de gaz carbonique en plus que le pétrole, 72% de plus que le gaz naturel : http://www.consoglobe.com/ac-energies-renouvelables_1774_charbon-chinois-etouffe-planete.html
[3] Le nucléaire, seule alternative au charbon ? http://www.consoglobe.com/ac-energies-renouvelables_1763_nucleaire-seule-alternative-credible-charbon.html
[4] Les cadeaux écolo de Noël les plus vendus par consoGlobe en décembre 2008 ont été des kits de lessives (boules de lavages, balles assouplissantes, disque anti-calcaire, sel détachant) permettant de faire des économies, loin devant les Coffrets beauté bio ou les Coffrets gourmands.
[5] La facture pétrolière représente environ 17 milliards d’euros pour la France en 2008. 50% des aliments bio consommés en France sont importés.
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