La crise au secours de l’environnement
On ne s’en étonne pas, autant l’accélération de la consommation de ressources accentue la surexploitation des ressources naturelles consommées, autant la crise ralentit ce prélèvement sur l’environnement. Plusieurs des industries les plus sales vont disparaître grâce au ralentissement économique.
La crise fait ce que les politiques vertes n’ont pas réussi
Depuis 20 ans beaucoup d’industries polluantes ont migré dans des pays où les contraintes règlementaires en matière d’environnement sont moins strictes et parfois de simples recommandations.
La récession économique impacte en priorité les industries et usines les moins performantes, les moins modernes, les plus polluantes.
- En Chine par exemple, des milliers d’usines du Delta de la Rivière des Perles ont fermé leurs portes depuis plusieurs mois, qu’il s’agisse de pièces automobiles, d’électronique ou de produits de consommation courante. Le passage d’un taux de croissance de 13% en 2007 à 6,8% au 4ème trimestre 2008 a eu un impact majeur dans les villes exportatrices de la côte. Ainsi à Dongguan où 10% des 22 000 usines ont fermé en un an. Dans la province du Zheijang au sud de Changaï, plus de 60 000 petites usines ont fermé. Les survivantes ont réduit leur production et par conséquence réduit les transports terrestres émetteurs de gaz d’échappement. L’air est visiblement plus respirable avec 65 journées avec pics de pollution en moins par rapport à 2007. La pression due au flot de déchets s’est allégée.
. - Au Mexique, les usines tournevis de Ciudad Juarez, de Monterrey ou de Toluca ont réduit leurs expéditions vers les Etats-Unis de 40%.
. - En Inde, des usines métallurgies vétustes, fortement émettrices de dioxyde de soufre responsable des pluies acides, ont été fermées dans la région de New Dehli : -85% d’émission en octobre 2008 par rapport à octobre 2007 selon Newsweek.
. - En Europe, on estime que la crise économique actuelle va permettre d’économiser l’émission de 100 millions de tonnes de C02 du fait d’une moindre activité des acteurs économiques, ce qui aura un impact modérateur du réchauffement climatique. Aux USA, les émissions de dioxyde de carbone économisées seront du même ordre.
En soi, compter sur la crise pour nettoyer notre modèle économique ne peut évidemment pas être une stratégie fiable à moyen terme. Cependant, il est clair que l’élimination des dispositifs économiques polluants et vétustes, accompagné de la modernisation de ce qui survit à la crise, est une opportunité.
Une mutation écologique forcée par le ralentissement économique
Le Brésil est un exemple évident du bénéfice environnemental de la crise : la déforestation de la forêt primaire* d’Amazonie a diminué de 70% en 2008 de novembre à janvier par rapport à 2007. Carlos Minc, le ministre brésilien de l’environnement, l’a bien noté : « le cours du soja chute et la réduction du prix des matières premières va réduire la pression sur la forêt ».
La moindre consommation dans les pays occidentaux a pour conséquence une diminution des exportations de bois, ce qui ne peut que calmer les chiffres effarants de la déforestation dans le monde.
- Près des deux tiers des 200 millions de tête de bétails du Brésil paissent là où il y avait jadis la forêt primaire. La chute de 51% des prix de la viande de boeuf** en un an ajouté à la raréfaction des crédits accordés aux agriculteurs sont autants de répit pour la forêt.
. - Mieux, la FAO estime que 10 millions de nouveaux “emplois verts” pourraient être créés en investissant dans la gestion durable des forêts : les Etats-Unis et la République de Corée, ont inclus la foresterie dans leurs plans de relance économique. De même, le reboisement est un volet important du programme de garantie de l’emploi rural en Inde..
. - Hervé Kempf dans le Monde du 21 octobre 2008, explique que la contraction du trafic aérien qui ralentit et des ventes d’automobiles « devrait mécaniquement réduire les émissions de gaz à effet de serre ». Il mentionne aussi « le ralentissement de l’immobilier [qui] va freiner l’étalement urbain » et « des projets d’infrastructures détruisant des écosystèmes naturels [qui] pourraient être remis en cause du fait de leur mauvaise rentabilité ».
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La tentation de l’autruche face la crise
Il y a un risque de voir les gouvernements oublier la nécessité de soutenir et favoriser la lutte contre le réchauffement climatique pour se concentrer sur la gestion immédiate de la crise. La préoccupation écologique risque de se retrouver oubliée face à la pression du chômage et du pouvoir d’achat. Les Autorités allemandes ont freiné l’adoption de normes de pollution automobile contraignantes et les différents plans de soutien en faveur de l’automobile ne sont pas franchement pro-environnement.
- Certains chefs d’entreprise, notamment en Chine, essaient de faire pression sur les autorités pour qu’elles allègent les reglémentations écologiques qui seraient un frein à leur compétitivité. Beaucoup d’autres veulent éviter ce qui serait un contre-sens historique en faisant d’une contrainte, la crise, une opportunité, celle de mettre du vert dans la relance.Cette volonté de doper le green business comme levier de sortie de crise ne prévaut pas que dans le plan Obama ou en Suède.Même le premier ministre chinois, Wen Jiabao, veut que son plance de relance de 585 milliards de dollars aide à rendre l’”économie plus verte”. Le Ministre de l’environnement chinois a d’ailleurs rejeté 11 projets sous le prétexte qu’ils consommaient trop d’énergie ou étaients trop polluants.
- Mme Lins, la Secrétaire générale du Conseil Européen des Energies Renouvelables, estime que la crise aura un impact sur les politiques publiques : « les investisseurs publiques vont se tourner vers des énergies renouvelables et des études énergétiques ; ce sont des investissements dont les coûts sont inférieurs à ceux des infrastructures d’énergies conventionnelles ».
. - Face à la crise, les constructeurs automobiles multiplient les annonces d’investissement dans les technologies propres comme la voiture électrique.
Une mutation de fond de notre modèle économique ?
A notre niveau, celui des citoyens consommateurs, l’attention portée à notre budget fait nous tourner vers des produits générant des économies : or beaucoup de ces produits sont des produits écologiques (chargeurs de piles ou de téléphone solaire ou à manivelle, économiseurs d’eau, panneaux solaires, récupérateurs d’eau de pluie, etc.) Par ailleurs, la crise nous incite à mieux conduire pour moins consommer de carburant.
Décidemment, dans cette crise tout n’est pas si noir… voyons-en les côtés positifs.
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* Entre 13 et 15 millions ha de forêts/ an disparaissent chaque année.
** Il faut un litre de pétrole et 10000 litres d’eau pour produire 1 kilo de viande. 273 millions de tonnes de viandes sont produites chaque année dans le monde. L’élevage intensif de bovins occupe 30 % des surfaces émergée de la terre, les animaux laitiers et de boucherie représentent 20 % de toute la biomasse animale. Ce secteur est responsable de 18 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
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