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Sans gaspillage de nourriture, la planète mangerait à sa faim

21/02/2009

Chaque jour, comme le montrent les chiffres Démographie du Planetoscope,  il y a 353 015 naissances dans le monde, soit 128,85 millions par an.  Si on prend en compte les décès,  soit environ 150 000  morts par jour pour une cause ou pour une autre, ce sont 200 000 nouvelles personnes personnes qui doivent se nourrir dans le monde.

Une agriculture mondiale suffisante pour 9 milliards de bouche ?

200.000 personnes de plus chaque jour qui ont besoin de manger… de quoi faire peur.  Pourtant ce boom démographie qui prévoit 9 milliards d’habitants d’ici 2050, ne signifie pas fatalement une famine généralisée.

  • Pourtant on semble atteindre un pic de production alimentaire dans le monde.
    • La production mondiale a atteint un record en 2008 avec 2,24 milliards de tonnes (2,22 en 2007). Le stock mondial de céréales correspond a une dizaine de semaines de consommation seulement Depuis 2000 la récolte mondiale de cereales a diminuée de 5% par habitant.
    • La production de blé de la saison 2007-2008 a atteint 607 millions de tonnes ce qui est un chiffre inférieure à la demande mondiale de blé pour la 5ème année de suite. En 2009, la consommation mondiale de blé devrait augmenter de 1% pour atteindre 450 millions de tonnes.
    • La production de céréales par habitant a atteint un pic en 1985 avec 343 kg par personne. Depuis, la hausse des rendements agricoles ne compense plus la croissance démographique et la régression des surfaces cultivables disponibles et la production par habitant a atteint un chiffre bas de 297 kg / hab en 2002.
    • Le département américain de l’agriculture (USDA) prévoit une production de 785 millions de tonnes de maïs pour 2009 soit 5,7 millions de tonnes de moins qu’en 2007/08.  La quantité de stock de maïs disponible en 2008/09 serait inférieure à celle de 2007/08 de 15,1 millions de tonnes. Ceci s’explique par la production d’éthanol à partir de maïs, étant donné que 33% de la production de maïs en 2009 est d’ores et déjà réservée à la production de bioéthanol et des biocarburants.
    • Les objectifs actuels de production d’agrocarburants à travers le monde impliquent la mobilisation de nouvelles terres pour les produire. Les études récentes estiment qu’en 2020 il faudrait utiliser au niveau mondial au moins 54 millions d’hectares de terres agricoles, soit la superficie du territoire français, avec le risque de convertir des forêts et des prairies en terres agricoles.
      Lire aussi Biocarburants, l’enfer des bonnes intentions
  • La diminution des surfaces agricoles inquiètent également :
    • Les atteintes portées aux sol sont mondiales.
      Exemple, environ 16 % de la superficie de l’Union (à 12), soit plus de 50 millions d’hectares, souffrent de dégradation, tandis que, dans les nouveaux Etats membres, elle atteint environ 35 %. Les atteintes sont variées : érosion, atteinte à la biodiversité, chute de la teneur en matières organiques, contaminations, salinisation, urbanisation.
    • Le réchauffement climatique, la déforestation et la désertification sont deux phénomènes qui ne favorisent pas la croissance agricole, bien au contraire. Déserts stables, désertification forte !
  • Les océans se vident et les chiffres de la pêche font peur :
    • Nous mangeons deux fois plus de poisson qu’en 1995 soit 16,3 kilos par habitant, soit 132 millions de tonnes contre 20 millions en 1950.
    • Alors qu’1 espèce de poisson sur 3 est menacée d’extinction, que les chalutiers vont toujours plus loin et sont toujours mieux équipés, les eaux de surface de nos océans sont de plus en plus vides et que les modèles informatiques prédisent la disparition globale de tous les stocks de poissons actuellement pêchés pour le milieu du 21ème siècle, c’est un groupe de biologistes et océanographes qui s’émeut.
    • En effet, selon eux, c’est sur l’ensemble des écosystèmes marins de la planète qu’a été sous-estimé l’impact des activités humaines. : seulement 4 % des océans restent intacts , se sont émus ces scientifiques américains le 14 février 2008.
    • Océans : c’est encore pire qu’on le pensait

L’agriculture bio ne peut pas suffire à nourrir la planète

L’agriculture biologique, malgré ses avantages sanitaires évidents peut-elle être une voie de salut ? De nombreux experts en doutent :

  • Certes, une agriculture biologique bien maîtrisée permet d’obtenir des rendements très élevés parfois et produit une alimentation sans pesticides, ni insecticides. En France, le rendement d’un hectare planté en blé bio était de 23 quintaux à l’hectare en 2007-08 contre 64,3 pour un hectare planté en blé traditionnel.
  • Pourtant les ventes de produits agricoles bio sont très insuffisantes pour “fournir”. Ces ventes de produits bio représentaient 1448 millions d’euros en 2004.  Le marché du bio est en croissance régulière depuis 1999, de en moyenne de + 9,5% par an. L’ensemble du marché alimentaire , lui, connaissait une progression de 3,6% seulement par an.  Pourtant le bio ne représente que 2% des surfaces et de la production en France.
  • La moitié des produits bio est importé en 2007 et 2008 et les surfaces cultivées ne sont pas encore suffisantes pour répondre à la demande. La conclusion s’impose : La filière bio n’arrive pas à suivre
  • L’aquaculture, elle non plus, ne peut suffire
    • L’aquaculture, alternative à la pêche en mer, croît de 8% par an et produit 45 millions de tonnes de poissons. Mais l’aquaculture de poissons pose un problème car pour nourrir les poissons carnivores (bar, daurade, saumon, mérou) il faut d’autres poissons ou de la farine de poisson.
    • Seule la conchyliculture, culture des moules, huîtres et autres coques, est relativement neutre sur l’environnement

Le boom démographie, une chance pour les superpuissances agricoles

Les subventions versées par les pays de l’OCDE aux producteurs agricoles de leurs pays par an s’élevaient à 216 milliards de dollars (en 2006) alors que 4% seulement de l’aide publique aux pays pauvres va à l’agriculture.

  • Les exportations agricoles américaines battent des records en 2008 avec 83,5 $ milliards soit 4,5 milliards de plus qu’en 2007 selon le ministère de l’agriculture américain. Cette croissance est due à  la hausse des prix des matières premières plus qu’à  celle des volumes exportés.

Certains prônent la décroissance de notre consommation pour compenser l’augmentation de la demande alimentaire. Et certes, une plus grande frugalité, une moindre consommation de viande rouge*, ne pourraient que faire du bien. Pourtant ce courant de la décroissance est contesté ou, pour le moins, pas incontournable pour résoudre le problème de sous nutrition planétaire.

Il suffirait de mettre fin au colossal gaspillage de ressources pour résoudre le problème. L’enjeu réside donc dans l’équilibre, le partage et le non gaspillage des ressources tout autant que de leur volume.

“Aujourd’hui, 20% de l’humanité consomme 80% des ressources naturelles”, soulignent les partisans de la décroissance, pour qui “si on généralisait le mode de vie et de consommation européen ou américain à la surface du globe, on aurait besoin de 5 à 8 planètes !”.

* Selon un des scénarios de prospective considéré par le GIEC, l’humanité devrait viser, en 2050, une consommation moyenne de 500 g de viande et de 1 litre de lait par semaine et par personne. Or celle-ci est actuellement de 730 g et 1,5 litre rapportée à l’ensemble de la population de la planète, mais de 1,6 kg et de 4,2 litres au Royaume-Uni.

Une meilleure efficacité alimentaire suffirait à nourrir le surplus de population

D’après un rapport du PNE, Programme des Nations unies pour l’environnement,  il suffirait d’arrêter les gaspillages multiples tout au long de la chaîne alimentaire plus nourrir tous les habitants prévus sur la planète d’ici 2050.  Une efficacité accrue, outre qu’elle permettrait de ne pas jeter des millions de tonnes de nourriture, autoriserait une moindre pression sur les terres arables et limiterait la déforestation.

  • D’après le PNUE, les pertes et gaspillage le long des systèmes de distribution alimentaires reperésent 100 milliards de dollars par an, à comparer avec les 3,5 milliards consacrés à la lutte contre la faim par le PNUE en 2008.
  • Les normes nationales amimentaires, le gaspillage des consommateurs des pays riches, l’alimentation animale (50% des céréales servent à nourrir des animaux), … sont parmi les causes principales de pertes de nourriture.
  • Au total, c’est près de la moitié de la production alimentaire mondiale qui serait perdue !
  • La pêche gaspille autant que l’agriculture :
    • Les océans sont surexploités :  seuls 0,6% des océans sont exempts d’intervention humaine aujourd’hui.
    • Un rapport de la Banque mondiale et de l’Agence de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture estime à 50 milliards de dollars par an le gaspillage dû à une mauvaise gestion des pêcheries, soit un manque à gagner, sur les trois décennies, équivalent au PIB de l’Italie !
    • 100 millions de tonnes de poissons sont pêchées chaque année dans le monde. Mais 30 millions de tonnes de poissons morts sont rejetées sans être commercialisées ni consommées : un résultat de la pêche industrielle aveugle, de prises non conformes aux goûts des consommateurs ou de tailles minimales de débarquement non respectées.
    • Ces 30 millions de tonnes gaspillées suffiraient à maintenir la moitié de niveau de consommation pour toute la future population mondiale d’ici 20050.
    • Les chiffres de la pêche du Planetoscope

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